INFECTIONS VIRALES ET PSEUDO-VIRALES LENTES


INFECTIONS VIRALES ET PSEUDO-VIRALES LENTES
INFECTIONS VIRALES ET PSEUDO-VIRALES LENTES

INFECTIONS VIRALES & PSEUDO-VIRALES LENTES

Les infections virales aiguës obéissent à un schéma simple: un agent infectieux ayant pénétré dans l’organisme s’y multiplie rapidement et donne lieu, en peu de temps, à une maladie plus ou moins sévère, mais de courte durée. Les défenses de l’hôte (leucocytes et anticorps), aussitôt alertées, réagissent vigoureusement: l’issue de la bataille est la survie de l’hôte (avec immunisation, en règle) ou sa mort. À l’opposé, il existe des infections chroniques d’incubation généralement longue, avec des manifestations cliniques souvent intermittentes (et partiellement régressives) où la récidive est de règle, en l’absence d’immunisation contre le virus persistant. On soupçonnait depuis longtemps ce processus à la fois sur la constatation d’agressions virales récidivantes bénignes (comme l’herpès naso-labial) et sur la survenue de troubles cliniques tardifs après une épidémie virale: l’exemple le plus classique fut la survenue de troubles parkinsoniens très particuliers dans les années qui suivirent l’épidémie d’encéphalite léthargique de 1917.

On connaît essentiellement deux types d’infections qui répondent à ce schéma.

Maladies liées à des agents inhabituels . Dans ce groupe, rien, a priori, ne suggérerait qu’il s’agisse d’une agression de nature virale, si ce n’est la possibilité de transmettre la maladie à l’animal. En effet, les lésions tissulaires ont un type dégénératif (non inflammatoire) et il n’existe aucune réaction immunitaire (cellulaire ou humorale) évoquant une agression de type infectieux classique. La présence d’une isoforme pathologique (PrPsc) d’une protéine généralement répandue chez les animaux, mais produite en quantité importante par les neurones (forme PrP) est attribuée à une anomalie du gène correspondant (prp). La PrPsc s’est montrée capable de transformer in vitro et in vivo la PrP en changeant sa conformation moléculaire, ce qui jouerait un rôle dans l’accumulation de matériel amyloïde dans les tissus nerveux atteints.

Le prototype de ces maladies est le scrapie, ou «tremblante» du mouton, qui atteint électivement certaines races, et se manifeste par des troubles de l’équilibre, de la coordination (tremblement) et de la vision: la mort est habituelle en une année environ. Jamais aucun virus n’a pu être isolé (ou observé, même au microscope électronique) bien que la maladie soit transmise par des ultrafiltrats d’organes. On a décrit aussi une maladie transmissible chez le vison, encéphalopathie toujours mortelle en quelques mois.

Certaines maladies humaines appartiennent à ce groupe: le kuru et la démence de Creutzfeldt-Jakob. Dans cette dernière, une détérioration mentale progresse très rapidement, associée à des troubles neurologiques du même type que ceux du kuru. C’est encore un tableau clinique de démence qui caractérise l’insomnie fatale familiale qui, comme les précédentes, est une encéphalopathie spongiforme subaiguë avec vacuolisation neuronale et prolifération astrocytaire et dépôts amyloïdes. L’évolution vers la mort est inexorable (il n’existe aucun traitement actif), en deux à cinq ans. La maladie survient à l’âge moyen de la vie, souvent entre quarante et cinquante ans, d’où sa place dans le groupe des démences dites préséniles. Les lésions anatomiques ressemblent à celles du kuru, d’où l’idée d’une transmission possible au chimpanzé, réussie par Gajdusek et Gibbs, en 1968. Des transmissions accidentelles, en particulier à l’occasion d’une greffe de cornée, ont été rapportées: l’agent transmissible, auquel on donne le nom de prion (et qui peut être tout simplement PrPsc), étant très résistant, les plus grandes précautions doivent être prises au contact de tels malades. L’oubli de cette contagiosité à conduit à administrer à des enfants atteints de troubles de la croissance des extraits hypophysaires malsains, provoquant ainsi le scandale de la transmission iatrogène du Creutzfeldt Jakob.

Maladies liées à des virus classiques (identifiés) . Deux de ces maladies animales sont bien connues: le visna-maedi et la maladie aléoutienne des visons.

Le maedi est une pneumonie du mouton islandais. Le visna est une encéphalite progressive atteignant les moutons qui ont été en contact avec le maedi: un même virus est en cause. Ici on note une nette réaction immunitaire dans le LCR (augmentation des lymphocytes et des gamma-globulines) et les lésions tissulaires (poumon ou cerveau) sont franchement inflammatoires. La maladie a été transmise: le virus peut être isolé à partir du LCR, du sang, ou de la salive — et il a été vu au microscope électronique, sous forme de particules sphériques rappelant certains RNA-virus oncogènes. La maladie aléoutienne atteint certaines races de visons bleus: elle est transmise par les déjections animales, et plusieurs souches de virus ont été isolées. Ici encore, une réaction inflammatoire très nette existe.

Chez l’homme, on connaît au moins trois affections de ce type:

– La panencéphalite sclérosante subaiguë de Van Bogaert, affection mortelle (en 2 ou 3 ans) de l’enfant ou de l’adolescent, liée au virus de rougeole: le LCR est hautement inflammatoire, avec augmentation des gamma-globulines (de synthèse locale) et production élevée d’anticorps de rougeole. Il s’agit assez souvent d’enfants ayant contracté la rougeole durant la première année de la vie, alors même qu’ils étaient incapables de s’immuniser contre le virus. La rubéole peut, beaucoup plus rarement, donner une encéphalite «tardive» du même type.

– La leucoencéphalopathie multifocale progressive atteint des adultes présentant une carence immunitaire acquise (par exemple induite par une néoplasie) ou iatrogène (traitement par les immunosuppresseurs). Le virus est un papova du sous-groupe polyome-SV 40.

– Enfin, l’hépatite épidémique (virus A ou B) réalise également une infection virale lente (persistante). Dans toutes les infections virales lentes, une prédisposition génétique est certaine, clairement démontrée au cours des maladies animales, du kuru, et de la maladie de Creutzfeldt.

L’intégration de l’acide nucléique viral au génome de l’hôte est donc très probable. Un tel problème est discuté dans de nombreuses maladies autoimmunes chroniques, qu’elles soient neurologiques (sclérose en plaques) rhumatologiques (polyarthrite rhumatoïde) ou dermato-néphrologiques, comme le lupus érythémateux.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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